Laugavegur Express

Lattes et Crampons
20 juin 2017

Pour beaucoup, le Laugavegur fait partie des plus beaux treks du monde. Il relie Landmannalaugar dans le centre de l’Islande, à Thormsörk plus au sud, dans sa version courte. J’ai eu la chance d’effectuer cette portion pour tester mes premiers prototypes.

Comme avec le massif du Sancy, j’ai une relation particulière avec l’Islande. J’en suis aujourd’hui à mon second road trip, mais c’est surtout mon séjour en vélo qui m’a le plus marqué. En fait, c’est à ce moment-là que j’ai su que mes vélos correspondaient exactement à ce que j’en attendais, et que j’ai décidé de me lancer à fond dans l’aventure ARTEFACT MTB. Comme me l’a dit un couple d’Allemand rencontré sur le bord du Laugavegur : « Tu devrais écrire sur ton site internet que tes vélos sont Iceland-proof ». Et je le fais, parce qu’à part une crevaison, j’ai été fier de mon vélo tout du long et l’Islande ne l’a pas mis en défaut.

Pour cette portion de mon voyage en Islande à vélo, j’ai embarqué dans un bus façon « monster truck » de la compagnie Reykjavik Excursions un peu à l’improviste après deux jours à profiter de la vie nocturne et culturelle de Reykjavik, qui n’est pas surnommée « l’Ibiza du nord » pour rien. Avant cela, j’ai traversé la péninsule de Reykjanes par les highlands depuis Keflavik, via Gardur, Grindavik et le lac Kleifarvatn pour rejoindre Reykjavik. Au départ, il était question de simplement profiter du camp de base pour faire quelques descentes puis de rentrer vers Reykjavik par les F-roads (routes réservées au 4x4), car je me pensais trop chargé pour le trek et ne l’avais pas préparé.

C’était sans compter sur la rencontre avec un Anglais de Bristol, Simon, dans le bus. Parti sans carte, je lui ai demandé s’il pouvait me prêter la sienne, mais au bout de 3h de Bus, j’avais encore la carte en main, aucune idée de l’itinéraire, mais un nouvel ami et un compagnon qui m’a finalement embarqué sur le trek, après m’avoir parlé de son dernier voyage en Patagonie.

Arrivés au camp de base en fin de journée, je sors mon vélo non protégé de la soute du bus, heureusement il n’est pas endommagé et tout mon chargement est là. Avec Simon, nous plantons rapidement nos tentes près d’un petit cours d’eau : nous n’avons le choix qu’entre un sol rocailleux où l’on ne peut pas planter nos sardines, où une sorte de marécage que nous choisissons finalement : la nuit sera humide et odorante ! Heureusement, il y a une rivière chaude naturelle qui coule près du camp de base, nous pouvons nous y détendre en discutant un peu de l’organisation des prochains jours. Sans nourriture, j’achète avant de me coucher les nouilles chinoises les plus cher de ma vie au « Mountain supermarket », deux vieux bus accolés qui servent d’échoppes au camp de base et tenus par une famille locale. Au passage je demande à une femme de l’équipe de secours en montagne s’il est autorisé de faire le Trek en vélo. Pas convaincue, elle me répond que « normalement oui, mais il faut être préparé ». Elle jauge finalement mon vélo et mon attirail et ajoute finalement « En même temps vous avez l’air d’avoir le vélo parfait pour le coin ». Merci le fat bike !

Le lendemain, matin, je remballe mon barda et monte mes sacoches de cadres sur mon prototype, puis je retrouve Simon pour le départ, après une petite balade à vide sur le vélo autour du camp de base. Je dois beaucoup à Simon qui aura été, lorsque nous nous retrouvions, le photographe de cette aventure. Dans ce sens, c’est le début de trek qui est le moins agréable pour un VTTiste lourdement chargé : on attaque par un peu plus de 500m de D+ sur un sol humide, meuble et glissant. Environ 50% de la montée, trop raide et technique, doit se faire en poussant, mais en prime le paysage est magnifique… jusqu’à la moitié de l’ascension où le ciel se bouche sur des crêtes de terre marron et orangée battues par les vents.

Après le refuge du sommet appelé HRAFNTINNUSKER, où je m’arrête pour manger, on traverse tour à tour un gros névé (ou un petit glacier c’est selon), puis un « plateau » de cendres noires parsemé de ravines creusées par de petits cours d’eaux, remplies par des névés. Il est parfois difficile de s’y faufiler jusqu’au prochain piquet indiquant la route à suivre, et il faut faire attention à ce que les névés ne se cassent pas sous mes pieds. Toutes les descentes de crêtes sont techniques au guidon et me donnent le sourire. A chaque fois, la remontée est toujours un combat avec la gravité, car le sol fait de minuscules pierres volcaniques noires est très friable et on descend souvent de deux pas après en avoir fait un, jusqu’à remettre les pieds dans les lits des rivières, relativement « chaudes » et en tout cas témoins d’une activité géologique intense. Après quelques heures et la perte d’une lentille rigide minuscule retrouvée miraculeusement au milieu des rochers, j’aborde la descente sur le lac Alftavatn à un œil, ce qui ne m’empêche pas d’avoir le souffle coupé par le paysage magnifique.

La descente est technique, surtout avec une selle haute et un chargement de plusieurs dizaines de kilos. J’en fais une partie à pieds, mais dans l’ensemble, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles même si je suis trempé jusqu’aux os. A l’arrivée, un singletrack m’amène à la traversée de la rivière Grashagakvisl. C’est un petit cours d’eau mais le moment est sympa avec les autres marcheurs plus ou moins habitués à faire ce genre de traversées pieds nus dans les eaux froide de l’Islande. Arrive ensuite le lac Alftavatn où j’attends longuement Simon. Nous décidons finalement de ne pas y dormir et poussons jusqu’au camping suivant. En effet, sur ce parcours il est interdit de bivouaquer pour respecter l’environnement et il est obligatoire de dormir dans les campings. C’est le camping de Hvanngil, au milieu d’une plaine verdoyante, coiffée de trois maisons, au-dessus de laquelle flotte dans la brume l’emblématique drapeau Islandais.

Après une mauvaise nuit dans le vent et la pluie durant laquelle ma tente s’est parfois affaissée, le rempaquetage du vélo est laborieux à cause du vent. Mais il est surtout ralenti par la contemplation d’un magnifique cadeau de dame nature qui fait apparaître au-dessus des monts tout proches un magnifique double arc en ciel. Gore tex mouillés renfilés, nous repartons sous la bruine avec Simon et Sara, une allemande rencontrée la veille qui finira le trek avec nous. Un des grands plaisirs du voyage est qu’il ouvre l’esprit et fait faire de belles rencontres : ce petit tour en Islande ne fait pas figure d’exception. La joyeuse compagnie arrive rapidement au bord de la plus grosse des rivières à traverser sur ce trek, et un panneau nous indique justement que la Blöfjollakvisl est en crue. Il faut donc traverser quelques centaines de mètres plus loin que le point habituel. Une voiture de location est d’ailleurs prise par les eaux à cet endroit et un des énormes 4x4 Islandais y est attelé, le pilote envoyant toute la vapeur pour sortir le second véhicule des eaux. Simon se propose de porter mon sac, ce qui ne me laisse « que » le vélo et son chargement à porter, pieds nus puisque je n’avais pas prévu de faire ce trek. Le courant est fort et l’eau glacée me monte jusqu’à la taille, mais le poids du vélo chargé de sacoches m’ancre solidement au fond de la rivière, heureusement relativement plat. L’ambiance avec les autres marcheurs, tous en sous-vêtements, est encore une fois chaleureuse, et je ne suis pas le dernier à y aller de mes « high five », vêtu de mon plus beau caleçon représentant des vélos, ce qui fait bien rire mes camarades.

Après cette rivière, le terrain plat se prête à ce que je sème mes marcheurs. Un grand désert s’étend à perte de vue. Cette zone de plaine, où je croise tour à tour une tombe à flanc de colline puis un panneau indiquant, entre autres, le « Mordor » (contrée imaginaire dans le livre « Le seigneur des anneaux ») est vraiment impressionnante : pas de doutes, le paysage lunaire ressemble bien au domaine de Sauron ! L’ambiance est lourde et magnifique : sable noir, sommets ténébreux ciselés de mousse verdoyante, brume épaisse faisant ressortir l’Eyjafallajökull au loin et bien sûr la bruine qui ne m’a pas quitté. Jusqu’au prochain camp appelé Ermstur où nous mangerons avec deux Français rencontrés en chemin, je traverse deux sommets avec des trails sinueux et techniques juste comme il faut pour qu’ils soient un régal à descendre. Ils donnent envie de ne pas être chargé pour pouvoir sauter plus, à tel point que je fais malgré tout demi-tour pour en refaire la descente… deux fois !

La suite du parcours amène petit à petit dans la vallée de Thorsmörk après avoir fait un peu d’escalade au-dessus d’une gorge vertigineuse, vu le sommet emblématique de Thorsmörk et traversé une dernière rivière, beaucoup plus large et divisée en plusieurs bras mais moins profonde : la rivière Thrönga. Cette vallée est une sorte d’« Oasis » au milieu du désert volcanique : arborée et paisible, elle ne ressemble en rien à tout ce que l’on vient de traverser. Comme pour marquer la fin de mon voyage, le temps vire au beau fixe et le soleil fait briller les nombreuses cascades de la vallée au moment où nous plantons nos tentes et ouvrons nos bières.

Ce test express devra malheureusement se terminer trop vite, car j’apprends au camping de Langidalur le décès du grand-père qui m’aura permis de réaliser ce prototype dans son atelier de menuiserie. Grâce à lui j’ai pu réaliser le rêve de rouler en Islande sur un vélo de ma conception, et c’est quelque part cette aventure qui m’a décidé : Artefact MTB verra le jour et je produirais d’abord des fat bikes ! Merci à lui pour son aide précieuse.

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