Lattes et Crampons

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Il y a des aventures auxquelles on pense depuis longtemps, mais qui sont de celles qu’on ne peut pas réaliser tout seul, même quand ce n’est que l’affaire de deux heures. Pour essayer quelque chose de loufoque ou un peu décalé, il me faut parfois le coup de pouce d’un bon copain. C’est exactement ce qui s’est passé ce matin d’hiver où j’ai rejoint mon vieil ami Robin au col de la Geneste, près de la station de ski de Super-Besse, pour ce qui devait être une petite sortie de ski de randonnée. Les choses auraient pu se passer « normalement », mais c’était sans compter sur le fait que j’ai toujours mon fat bike à l’arrière du Van !

Et justement, pendant que je termine de coller mes peaux sur mes skis, je propose à Robin, qui n’a jamais essayé de fat bike, d’en faire un tour sur les bords de la route enneigée. Comme la plupart des gens qui essayent un fat pour la première fois, il est agréablement surpris et revient avec le sourire, mais je le connais assez pour voir dans ses yeux qu’il a une idée derrière la tête. Bingo ! Il me lance finalement : « Tu montes le fat en haut et tu descends avec ? ». Je crois qu’il ne s’attendait pas, même s’il l’espérait un peu, à ce que j’accepte. Mais voilà, j’y pensais depuis le début de la saison, du coup je lui demande s’il veut bien faire la descente avec mes skis sur le dos, j’attrape une sangle qui traine dans le camion, et me voilà en train d’accrocher mon vélo à mon sac de ski, tant bien que mal ! Au final, la meilleure solution sera de démonter la roue avant et la pédale gauche, pour sangler la première derrière le cadre et mettre la pédale dans le sac afin qu’elle ne me rentre pas en permanence dans le dos. Même si le tout est déséquilibré vers la gauche, j’arrive à l’empêcher de bouger et nous voilà partis sur les lattes, appareils photos autour du cou.

Les 14kg du prototype monté avec une Bluto ne sont pas excessifs, mais l’inertie et le déséquilibre du chargement bringuebalant ne facilitent pas la montée. J’entends déjà certains me dire que le Sancy, ce n’est que des « montagnes plates » ou des « montagnes à vaches », mais ce n’est pas le cas sur l'ensemble de la montée (et puis ce n’est pas vrai tout court, non mais !). Après être monté par le fond de vallée, au niveau du téléski qui fait la liaison Mont-Dore / Super-Besse, nous décidons finalement de ne pas passer par la crête, mais de descendre vers le cours d’eau pour ensuite remonter et attaquer le Puy Gros de face, car nous sommes un peu pressés. Comme je ne suis pas un grand skieur de rando, les conversions chargées sont un peu aléatoires, mais après avoir transpiré un peu, nous voilà en haut, face à « mon » Sancy.

La météo est avec nous, d'en haut, nous avons une superbe vue sur le Cantal, le Forez et le Cézallier. On voit aussi les nombreux lacs qui font le charme de ce petit coin d’Auvergne. Après avoir admiré la vue, je remonte la roue et la pédale, je confie mes skis à Robin… et j’essaye de me faire aux chevilles bloquées ! En effet, je suis monté à ski, et je n’avais pas envie de charger plus Robin à la descente, donc je n’ai pas pris d’autres chaussures. Ce sera donc mes vieilles Scarpa de Ski, en position marche pour gagner à peine de flexion de la cheville, qui me serviront à pédaler. On ne peut pas dire que ce soit le top niveau sensation, j’ai du mal à positionner mes pieds correctement sur les pédales, mais la bonne surprise c’est que les semelles à crampon Vibram adhèrent bien sur les gros picots de mes pédales HT.

Du coup, on discute un peu avec Robin sur la trajectoire à essayer de prendre en vélo, puisque à la montée nous avons souvent glissé sur des plaques de glaces vives. Autant dire qu’il faut vraiment les éviter en vélo, sous peine d’OTB radical. Finalement, je monte la crête pour profiter un peu plus de la descente, et décide de piquer droit dans la pente là où la crête remonte un peu vers des formations rocheuses. Ensuite, le but sera d’aller tout droit jusqu’à ce que la pente se calme.

Dans le raide, je mets tout mon poids en arrière afin d’alléger au maximum la roue avant pour ne pas me « planter » dans la neige à pleine vitesse. Je suis d'ailleurs agréablement surpris par le Jones H bar et les pneus de « seulement » 4 pouces (sachant que la plupart des Fats roulés dans la neige sont plutôt des « big fats » avec des pneus encore plus gros d’environ 5 pouces). Le H bar, que j’avais testé et validé en bikepacking était resté sur mon vélo depuis mon trip en Islande. J’avoue que ne pas avoir mon fat monté façon Enduro, c’est-à-dire avec une potence courte (40mm) et un cintre large et relevé (largeur 780mm, rise 30mm) comme à mon habitude au bikepark m’avait fait hésiter à me lancer dans la pente. Finalement, avec ma potence Thomson 90mm légèrement relevée, ce H bar en version 710mm donne une position haute, et permet, grâce à l’orientation différente des bras et des épaules, de se tenir très en arrière sur le vélo tout en étant capable de verrouiller les bras naturellement avec les articulations (ce qui n’est pas possible avec un cintre classique). Bilan : malgré les pneus « fins », la configuration H bar me permet de bien gérer ma trajectoire avec un avant très léger malgré une capacité de freinage inexistante sur cette neige « mouillée » de midi, d’éviter la glace, et d’arriver à fond en bas du « mur » du Puy Gros en une poignée de secondes, et sans chute. Ça décoiffe, mais c’est trop court ! En bas je regarde Robin descendre et faire de belles traces à ski, car il m’a pris en photo d’en haut.

La remontée jusqu’au téléski est un peu plus laborieuse, car si la neige est trop gelée les pneus non cloutés n’adhèrent pas, et ce jour-là, elle se casse car elle ne l’est pas assez, me laissant me planter lamentablement. Je finis quand même par m’en coller une belle au passage entre deux de ces zones : OTB, le vélo fait un frontflip au-dessus de ma tête, la gaine de la commande de blocage de la Bluto est arrachée, et la potence tourne. Moi, je me transforme instantanément en père noël, la barbe blanchie par la neige. Le cadre n’a pas bougé malgré la violence de la chute qui constitue un (autre) bon test du matériel, et je suis content de respecter les couples de serrages : ça m’a évité de tordre mon cintre ! Le seul regret de robin à cet instant, c’est de ne pas m’avoir vu tomber ! Comme quoi, j’ai de bons amis…

 

Toute la fin de la redescente jusqu’au buron du col de la Geneste est un régal pour moi, car la neige est clairsemée et c’est là que le fat bike exprime tout son potentiel : je passe des névés, à l’herbe gelée puis aux rochers à toute vitesse et sans perte d’adhérence. Le plaisir est au rendez-vous puisque rien, à part quelques barbelés qu’il faut éviter, ne vient contraindre ma trajectoire. J’éprouve un grand sentiment de liberté en descendant cette pente que j’affectionne particulièrement et en contemplant le Cantal et l’immensité blanche.

Encore une super journée entre ski et fat bike, et surtout entre amis ! Maintenant c’est l’heure de la truffade !

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